Archives de catégorie : L’écolo actif

Médiapart parle de nous

Article paru sur le site de « Médiapart » le 22 octobre 2010

De la vallée du Panshir à la vallée du Thoré

A Labastide-Rouairoux, dans le Tarn, pour la troisième année, se tenait les 15, 16 et 17 octobre 2010, un festival du film documentaire parrainé par le photographe Reza, en hommage au réalisateur documentariste Christophe de Ponfilly (1951–2006). Plongée dans cette France profonde qui ne s’arrête pas à la surface de la vie.
Grâce à Alain Mingam, avec qui j’ai renoué des liens confraternels lors du vernissage de la superbe exposition de James Nachtwey à Lyon, j’ai vérifié une fois de plus, la fameuse phrase de Nicolas Bouvier : « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » *

« La frontière dans tous ses états » tel était le thème du festival « Echos d’ici, Echos d’ailleurs ». La frontière, celle qui sépare le Sud du Nord, l’intérieur de l’extérieur, l’enfance de l’adolescence, le rêve de la réalité… Marie Bernar et toute l’équipe de l’association qui organisent cette manifestation n’ont pas, eux, de barrières dans leurs têtes. Le festival est principalement axé sur les films documentaires, mais la photographie, les arts graphiques, les arts vivants sont de la fête.(…)
A la gare de Béziers, Philippe nous attend à la descente du premier et unique TGV non-gréviste de la journée en provenance du Nord. Le garage Renault de Labastide-Rouairoux sponsorise le festival en prêtant une voiture pour accueillir les invités (réalisateurs, journalistes). Passé la plaine viticole de Saint-Chinian, on attaque les lacets du défilé de l’Houvie, le col de Rodamouis pour plonger sur Saint-Pons-de-Thomières. On franchit la frontière entre Hérault et Tarn – entre deux régions également – et l’on  remonte sur le col de la Fenille « qui marque la limite des eaux, d’un côté ça coule vers la Méditerranée, de l’autre vers l’Océan » précise Philippe, notre chauffeur. Nous voilà enfin, comme dit en occitan Françoise Fabre – madame le maire – « dans le pot de chambre du bon dieu » !
3208 habitants en 1968, environ 1500 aujourd’hui : « Sur un demi siècle on a convaincu les gens de quitter l’agriculture pour l’industrie du fil, puis les usines de la vallée ont fermé les unes derrière les autres au profit des chinois. Doublement cocu ! » commente un bastidien. Au moment du vote du budget primitif de la commune, en avril dernier, le conseil municipal constate qu’il a  perdu 400 000 euros de taxes professionnelles… Dans le village de nombreuses maisons sont à vendre, la population est âgée, c’est la crise ici, comme ailleurs.

Malgré les attraits touristiques de la Montagne noire, du « Parc régional du Haut-Languedoc et Pays cathare », malgré l’arrivée d’une population non négligeable de « néo ruraux » venus d’ailleurs, malgré une manifestation à la gloire du fil et un musée du tissu, la commune de Labastide-Rouairoux peine à revivre son confort d’antan. « On a la qualité de vie, mais il faut se battre chaque année pour qu’on ne nous ferme pas une classe de collège, une classe de maternelle… » confie un élu. En tout cas, les bastidiens ne baissent pas les bras, la preuve ce festival du film documentaire.

« Ça a commencé il y a trois ans. Un homme avec un camion et un cinéma s’est installé sur la place du village et quand la nuit est tombée presque tout le monde est venu pour le film. C’est ce soir-là que j’ai vu sur le drap qu’il y avait des gens qui ne vivaient pas comme des croûtes jaunes  » écrit Gérard Bastide dans un recueil de nouvelles publiées chez un éditeur local **. L’histoire narrée dans cette nouvelle « L’autre frontière » est un peu celle du festival dont le sous-titre est « Sur les pas de Christophe de Ponfilly »(…)

Pour lire la suite, rendez-vous sur le site de Mediapart

Michel Puech

réouverture du Musée du Textile

(discours prononcé par GB le 10 juillet 2008 )

REOUVERTURE DU MUSEE DU TEXTILE

Comme disait naguère le poète Patrice de la Tour du Pin,
“ Les peuples qui n’ont pas d’histoire sont condamnés à mourir de froid. ”
…Les peuples qui n’ont pas d’histoire…
Et les villages qui n’ont pas d’histoire ? Qui n’ont plus d’histoire ? A quoi sont ils condamnés, les villages qui n’ont plus d’histoire ?
Ils sont condamnés à la monotonie, à la banalisation, à l’insignifiance, à l’amnésie collective, condamnés à devenir des lieux sans âme, que l’on traverse sans souhaiter s’arrêter, tous semblables, tous pareils.
Fort heureusement, ce n’est pas le cas de notre cité de Labastide-Rouairoux. Cette vallée est riche d’une si longue tradition textile : on a retrouvé des fusaïoles datant du Néolithique ! Par la suite, tout le long temps de notre histoire est ponctué par l’activité textile : on cite des tisserands cathares au XII° siècle, on évoque les métiers à tisser qui rythmaient la vie de chaque maison au temps de la Réforme et des guerres de religion, les commandes de draps et de tissus militaires pour la Grande Armée de Napoléon, les premières fabriques mûes par l’énergie hydraulique, la réputation de qualité des tissus et apprêts de Labastide-Rouairoux, les tissus pied-de-poule qui allaient jusqu’en Angleterre pour habiller la famille royale, la recherche constante de nouveauté, saison après saison, pour les collections de haute couture,…
En feuilletant ainsi l’album des souvenirs, ce sont aussi des pans entiers de mémoire ouvrière qui défilent : les conditions de travail, les rues encombrées au moment de la sortie des usines, les grèves, les manifestations, mais aussi les jours de fêtes, les anecdotes et les savoir-faire partagés autour d’un métier devenu bien plus qu’un métier, un tradition collective, une façon de vivre.
C’est ce fil têtu de la mémoire qui risquait à tout jamais de se rompre quand le textile local fut à son tour victime des premières manifestations de la mondialisation, quand il a semblé plus facile et surtout plus rentable de faire fabriquer dans les ateliers du tiers-monde les tissus qui auparavant avaient assuré la prospérité de la vallée. L’histoire n’étant jamais à sens unique, il n’est pas dit que le renchérissement des produits pétroliers n’aboutisse au résultat inverse, la relocalisation de secteurs entiers de notre économie, peut-être bien le textile lui-même, on ne peut que le souhaiter.
Nous étions à la fin des années 70, les métiers cessaient de fonctionner les uns après les autres, les usines fermaient, les ouvriers chomaient ou partaient en pré-retraite, et chaque semaine des camions chargeaient des machines entières qui partaient pour la casse.
Il a fallu la détermination et l’enthousiasme de quelques-uns pour que naisse- en 1983- la conscience de la nécessité de sauvegarder ce patrimoine.
Histoire qui a débuté par la création d’un écomusée- dont je fus le président-fondateur- sur ce territoire de la Montagne Noire avec des collections agraires, textiles, hydrauliques, industrielles, la meunerie, les moulins, une imprimerie et même une distillerie !
1983 – 2008 : un quart de siècle, 25 ans d’une histoire longue et complexe car rien n’a été simple, commencée d’abord dans les batiments de l’usine Bourguet, puis qui s’est poursuivie par l’acquisition de l’usine Armengaud – qui date de 1880 – son site actuel. Devenu depuis janvier 2001 le Musée départemental du Textile, géré et animé par le Conseil Général du Tarn et tourné vers le patrimoine.
Patrimoine matériel d’abord, machines, cardes, métiers, objets, photos, livres d’échantillons récupérés par cartons entiers dans les usines, mais aussi patrimoine immatériel, savoir-faire, techniques, tours de main, témoignages ouvriers incarnés aujourd’hui de belle manière par les anciens du Comité Textile.
Qui dit musée dit mission conservatoire. Mais pas conservatrice : Aujourd’hui , le Musée du Textile de Labastide-Rouairoux est résolument tourné vers le futur : tendances “fashion” pour chaque saison, logiciel de création textile, nouvelles collections, nouveaux projets, accueil de scolaires, artistes en résidence… et nouveau parcours muséographique, où tous les sens se trouvent sollicités, le regard avec les matières, les couleurs, les formes, l’ouïe avec les nombreuses machines, l’odorat avec ses odeurs mêlées de graisse et de suint, le toucher des matières végétales et animales…
Aussi, le Musée du Textile, pour nous Bastidiens, joue le double rôle de vitrine et de miroir. Miroir car ce musée nous tend l’image à peine voilée de notre identité. Vitrine car il offre au regard extérieur, au curieux, au créatif, au touriste, le témoignage du savoir faire textile de notre vallée. Aussi je souhaite au nom de la commune de Labastide-Rouairoux que j’ai l’honneur de représenter aujourd’hui une bonne fréquentation dans ses locaux rénovés et longue vie au Musée du Textile !

in-SITA-tion à la rébellion

Dans les années 2000, le funeste projet de la SITA d’installer dans les Hauts Cantons de l’Hérault un gigantesque site d’enfouissement de déchets ultimes nous a pas mal mobilisés pendant des années, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais l’association Patanarès a fini par gagner, ce n’est pas si fréquent. A mon petit niveau, j’ai essayé d’apporter mon aide avec ce bouquin, « Chroniques Désastreuses » qu’on a vendu à plus de 800 exemplaires pour financer la lutte

Et j’ai même commis un rap, que l’on me pardonne, c’était pour la bonne cause, intitulé IN-SITA-TION A LA REBELLION