Archives de catégorie : L’autoarchitecte

une maison-manifeste

Une maison comme un manifeste écologique : zéro béton pour les fondations (pieux vissés), terrasse montée sur pneus de récup, ossature et bardage en douglas de la Montagne Noire, artisans locaux, chauffe-eau solaire, toilettes sèches, assainissement par filtres planté de roseaux, poële à bois pour chauffer toute la maison, tri sélectif, jardin en permaculture, tondeuse à main, serre avec des fenêtres recyclées, chemin d’accès zéo goudron, que des pierres assemblées à la main, haies avec des essences locales… D’autres questions ?

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pour fabriquer une serre

Pour fabriquer une serre sans trop dépenser, avoir le plaisir du do-it-yourself  d’un bout  à l’autre  et participer un petit peu au recyclage si nécessaire des matériaux, et bien sûr disposer d’un espace d’hivernage pour les plantes fragiles en hiver et préparer les semis de printemps :

  • aller trouver son menuisier favori  (ou un autre, peu importe ) et lui demander de mettre de côté une série  de fenêtres de rebut de même format. Le mien  ne demande pas mieux, quand il pose des fenêtres neuves,  il est obligé d’enlever les vieilles du chantier et de les éliminer professionnellement, les déchèteries ne prenant pas en charge ces  matériaux. Ca lui coûte forcément ( alors il préfère les laisser en tas derrière l’atelier et quand il y en a un bon tas… il y met le feu ). Donc j’ai trouvé une belle série de 12 fenêtres, double vitrage s’il vous plait, de 1,20 X 0,80. Ca fera la base de la future structure.
  • penser naturellement  à orienter sa serre plein sud …
  • j’assemble ces fenêtres avec des pattes métalliques, des vis ( de récup !) en prenant soin de placer au sol , sous ces châssis, des cornières en U pour rigidifier l’ensemble, cornières que j’ai pris la précaution de percer par endroits pour éviter que l’eau stagne,
  • la structure porteuse est faite de 4 chevrons (bastaings ? ) de 8X10 ou 10X12 supportés par 4 plots zingués à enfoncer (oui, ça il a bien fallu les acheter )
  • pour rehausser l’ensemble, j’ajoute d’autres fenêtres dans l’autre sens, assemblées toujours avec des pattes et je prends la précaution de mettre de l’isolant ( rembourrage de sièges de bagnole )entre les différents éléments.
  • la couverture ? il a aussi fallu acheter une plaque de polycarbonate en 16 mm. Vis à bourrer pour éviter l’eau de pluie.
  • restait le problème de la porte  : en passant  » par hasard » devant la déchèterie dix minutes avant la fermeture, je rencontre E. D… qui jetait un stock de portes-fenêtres. Attends  ! Tu en aurais pas une en 70 de large ? Banco ! 70X190 ! Restait  à la poser sur des gonds, eux aussi de récup.
  • Au sol, une bâche ou un film plastique pour éviter les remontées de plantes adventices, 5 à 10 cm de gravier par dessus. Elle est pas belle notre serre ?
  • ah, j’allais oublier : penser à placer une gouttière au bas du toit, dirigée vers un bidon lui-même placé dans le jardin. 200 litres d’eau gratuite, c’est un cadeau tombé du ciel !

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cagadous secous

En occitan normalisé cagadors secòs, en français toilettes sèches. Bref, inutile de tourner autour du pot, c’est bien de nos déchets intimes qu’ il s’agit. Pourquoi encombrer les stations d’épuration avec nos matières fécales ?  Pourquoi dépenser  douze litres d’eau à chaque tirage de chasse ? Plutot que de chercher du coté de Freud  des explications d’ordre psychanalytique, il s’agit avant tout d’un geste de bon sens, sinon politique .   « Quoi ? vous faites caca dans de l’eau potable ?  » s’exclamait un petit Africain. Donc  choix assumé d’utiliser un seau ( en inox, plutôt qu’en plastique pour éviter les mauvaises odeurs ) et de la sciure gratuite de la scierie d’à coté. On vide le seau de 15 litres tous les 2/3 jours. Tous les jours s’il y a du monde. Dans ce cas, chacun participe  à tour de role. Le seau est vidé en tas près du jardin. Notre compost va « murir  » 2 ans. Certains préconisent de l’utiliser au bout d’un an. Nous on va attendre vingt quatre mois, autant pour des raisons psychologiques que pour sa maturation, et puis parce qu’on a la place, avant de rendre à la terre ce qu’elle nous a donné…cagadou

bûche ton chauffage !

Les constructions neuves sont soumises à la fameuse Réglementation Thermique (RT )2012. Pour faire court, la consommation d’énergie des batiments à usage d’habitation ne doit pas dépasser 50 kw/m2/an. Il faut prendre en compte l’efficacité énergétique du batiment, sa situation, les matériaux mis en oeuvre, les différents usages (chauffage, éclairage, climatisation, électro-ménager …) Nous avons opté pour le chauffage au bois, non par habitude- même si nous utilions exclusivement cette source d’énergie depuis 40 ans-, mais parce qu’il nous semble évident dans un pays forestier comme la Montagne Noire d’utiliser cette énergie locale. Limite de l’exercice : une maison de moins de 100 m2. Pour en savoir plus sur les dispositions réglementaires concernant le chauffage au bois, c’est par ici. Contrainte supplémentaire, la loi impose un dispositif de réglage automatique. Les poëles à granulés savent le faire. Or, nous ne tenons pas à utiliser des granulés, car cela nous semble une aberration de transformer le bois en granules (consommation énergétique ), puis de le transporter (re-consommation ). Du coup, les poëles à bois bûches qui satisfont à tous ces critères sont peu nombreux sur le marché. Nous avons choisi un poële danois HWAM qui accepte des petites buches de 33 cm, autonomie 7 à 10 heures,  avec un stockage de 80 kg de pierre olaire pour restituer les calories même quand le feu s’est éteint et … la fameuse télécommande qui donne la température intérieure, celle souhaitée, qui allume un petit ventilo et qui couine quand le poële réclame un apport de bois  !chauffge

doux et classe, le douglas

Pour la structure de la maison, nous avons opté pour le douglas (pseudotsuga ) issu de forêts locales ( vers Brassac ) et scié à Semalens ( Tarn ). Abondant, bonnes qualités mécaniques, bel aspect, longévité, résistance aux maladies. Seules les longues portées (supérieures à 3 mètres ) ont été réalisées en poutres de lamellé-collé. Douglas aussi pour le bardage extérieur, fixé sur des liteaux eux-même recouvrant le pare-pluie. Bardage vertical ou horizontal ?  (sans même parler du bardage oblique ) Les deux formules ont leurs adeptes, avec d’excellentes raisons pour chacune d’elle. Il a fallu trancher sans vexer personne : vertical pour les façades nord et sud, horizontal pour les façades est et ouest !dscn5198douglas

fondations zéro béton

On sait désormais l’impact considérable du matériau béton sur l’environnement , et plus précisément de la demande faramineuse en sable pour la construction. Les  carrières tournent  à plein régime, on n’hésite plus à prélever sur les plages,  les littoraux, les fonds marins pour satisfaire une demande toujours croissante. Nous, nous sommes tournés vers des fondations zéro béton. D’abord pour limiter notre impact écologique, ensuite pour assurer une réversibilité totale lors de la future déconstruction de la maison et « le retour à l’herbe », ensuite pour la rapidité de mise en oeuvre, la technique non intrusive ( pas de fouille, le sol n’est pas bouleversé ), enfin le cout  largement compétitif par rapport à des fondations « traditionnelles » type radier béton ou même plots béton. La technologie est issue de Technopieux. Après étude de sol, 22 pieux ont été enfoncés mécaniquement sur une profondeur entre 2,10 cm et 3, 15 m pour atteindre la capacité portante requise, environ 10 tonnes/plot. Une fois coupés  à niveau et pourvus d’une platine, les plots sont aptes à recevoir la structure périmétrique en lamellé-collé.dscn5086

traiter nos eaux grises

Eaux grises, c’est à dire les eaux « usées » qui sortent de la maison : évier, lave-mains, douche, lave-linge et lave-vaissselle. Puisque pour le reste, les eaux …hum…marron foncé, nous avons des toilettes sèches. Nous avons opté pour la phytoépuration : un bac unique d’environ 10 mètres cubes  (3 équivalents/hab ) rempli de lits de gravier, gravillon et pour finir sable. Ce bac est ceinturé par un « chemin de ronde » en douglas qui permet de faire le tour de l’installation et recouvert par une grille piétonnière pour protéger des intrusions ( enfants, animaux domestiques, rongeurs…) Les eaux chargées percolent  à travers ces différents lits pour passer ensuite dans un drain et s’écouler ensuite dans une zone d’épandage. Le filtre vertical  est planté de roseaux (phragmites australis ), la zone d’épandage de plantes variées (iris pseudoacore, juncus effusus… ) pour un aspect esthétique satisfaisant, nous avons décidé « d’habiller » le bac en polyéthylène d’une ceinture en pierres sèches. Cette ceinture forme un talus sur lequel  pousseront des plantes d’agrément.station

une terrasse montée sur pneus ?

L’idée, c’était de trouver un support solide pour poser notre terrasse par dessus. Toujours selon nos principes : zéro béton, fondations réversibles, matériaux recyclés, prix imbattable, facilité de mise en oeuvre… sans rien lâcher sur la solidité. Je suis donc allé chercher chez mon garagiste préféré les pneus dont j’avais besoin. « Pas de problème, tu prends tout ce que tu veux, tu peux même me débarrasser de tout mon stock ! » L’intérêt, c’est que pour un même diamètre (16 ), on peut disposer de plusieurs épaisseurs (185, 195, 215…) Idéal pour rattraper les inégalités de terrain. Les pneus sont posés  à plat, sans fouille, sur le sol. Pour les ancrer au terrain, 3 tiges de fer à béton diamètre 20 enfoncés  à force jusquà 80/100 cm de profondeur. Les pneus sont ensuite remplis de gravier très soigneusement tassé pour éviter la déformation : ainsi deux pneus superposés contiennent 240 kg de gravier ! Sur mes pneus  correctement alignés j’ai boulonné une traverse métallique de récup constituée de 3 lisses de rack à palette. Elles sont prévues pour supporter 3 tonnes. Pas de problème, on pourra danser sur la terrasse ! Ensuite, mise en oeuvre classique : lambourdes en douglas que j’ai pris soin de protéger de la pluie par un ruban d’étanchéité sur la partie supérieure, muraillère ou sabots métalliques, lames de terrasse (ici, du cèdre ) fixé à la visseuse  à chocs. Finition rustique : c’est ainsi que chez nous, « terrasse » se prononce « ponton » !terrrasse

déplacer des montagnes

De toute façon la pierre est plus forte que toi. Plus vieille,  plus lourde, plus inerte. Si tu entreprends de la déplacer, mieux vaut compter sur ton intelligence plutôt que sur ta force brute. Intelligence, c’est les savoir-faire, les techniques, l’expérience. Je ne parle pas ici des engins mécaniques, bulldozer, tractopelle, etc… Je te parle d’un face-à-face direct, d’homme à pierre,  avec la matière. On n’a guère inventé depuis les pyramides ou les cathédrales : leviers, point d’appui, barre à mine, rouleaux, cales et coins. En évitant de se coincer un doigt ou de se ruiner le dos. Et finalement, ça avance ! ( le record, un bloc de granite d’environ 970 kg ) S’ensuit le bonheur de voir la pierre à sa juste place, le mur monté pour mille ans au moins, la mousse qui colonise l’édifice.

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la pierre sèche

 » Avec leurs mains desus leurs têtes, ils en ont bâti des murettes jusqu’au sommet de la colline… »  Jean Ferrat

« Il ajuste une à une des pierres sans mortier, il en construit des alignements de plusieurs kilomètres (…) c’est une architecture sans merci, il y faut du goût, du sens de l’équilibre, de la soumission au paysage, moins de force physique que de feu, de la patience… » Jean Giono

Construire en pierre sèche, une activité qui échappe au narcissisme : parce qu’en bâtissant tu finis par te ruiner le dos et les reins.  Tu t’écrases les doigts même avec les gants. Et il t’arrive même de t’écraser un orteil ou de prendre une barre à mine dans le portrait. Ne riez pas, ça m’est arrivé. Et quand tu as fini, ou ton mur est mal monté et il se casse la gueule. Ou il est bien monté et personne ne veut croire que c’est toi qui l’a fait. Genre :  » Ah, autrefois, à l’époque, les vieux , ils savaient travailler. « avant après