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la Voie cyclique, quelques bonnes feuilles

 » LA VOIE CYCLIQUE  » aux éditions « le Pas d’oiseau »-2011-
quelques bonnes feuilles :

« …un pèlerinage sans sanctuaire.
un compostelle minéral.
Pentecôtes de silex. Exorcismes de caillou.
(…) Il me fallait monter, me hisser, mesurer ces étendues de terre avec l’empan de mon corps d’homme, arpenter de gestes kilométriques ces étendues d’histoires. Voir si les hommes d’aujourd’hui ressemblent à leurs mythes.  »

« …J’avais lu quelque part que dans le taoïsme sont  trois voies pour atteindre l’illumination : la voie initiatique, la voie héroïque, la voie mystique. C’est en effet assez prudent de prévoir plusieurs chemins pour arriver au même endroit.  D’autant que pour atteindre l’illumination la dernière étape est assez longue, je crois, et sans ravitaillement. Toutefois, je ne me voyais pas avancer sur ces trois voies en même temps comme un convoi exceptionnel. Alors j’inventai la Voie cyclique. Par roulement évidemment. Elle synthétiserait les trois autres (sans apporter aucune réponse supplémentaire). Il y aurait quelque chose d’un romantisme musculaire, cette manière d’éprouver physiquement et spirituellement tous ces lieux sacrés pour en tirer une leçon d’énergie. »

« …Métaphorique bicyclette  qui  permet de passer  à travers les horizons. Comme le couteau entre l’arbre et l’écorce, la flèche entre l’archer et la cible. Petit Véhicule. Vélo comme interface entre moi et le monde, entre la montagne vieille et l’embouteillage contemporain. Entre la carte et le territoire. »

 » Autre compagnon idéal, mon journal de bord. Pline le Jeune dans une lettre à Tacite ne dit pas autre chose:
“ Je ruminais des pensées et je prenais des notes. Je me disais : je reviendrai peut être les mains vides mais je rentrerai la tête pleine. il ne faut pas mépriser ma façon de travailler.”
Pour moi, c’est un calepin corné sur lequel je note tout ce qui passe, pensée profonde ou brève de comptoir, croquis griffonné, recette de cuisine, vocabulaire, notes de lecture ou plan succinct pour se rendre à tel endroit ou encore numéros de téléphone échangés sur la route…Quel partenaire idéal ! Je lui confie mes pensées, il les garde. Je prends des notes, il les conserve. Je le ressors des années après, il me restitue l’ambiance de l’instant. C’est un monologue que je renoue ou que j’arrête à volonté. Avec la fraicheur et la maladresse de ces carnets de croquis pris sur le vif, traces de doigts, cambouis et gouttes de sueur en prime. Ecriture foraine sans clavier ni cahier. »

 » Chargement, ennemi numéro un du nomade. Savoir élaguer, supprimer, faire des impasses, s’en remettre à l’essentiel et à la providence. Méditer ce conseil suisse anonyme : avant de partir, tu fais lâ liste de tout ce que tu dois emporter. Et tu barres, tu barres, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le minimum indispensable. Alors, tu mets toutes ces affaires sur le sol de la salle de séjour. Et tu n’en prends que la moitié. Il ne faudrait que de l’impondérable, étymologiquement ce qui ne pèse pas. Comment se fait-il que pour nous autres, occidentaux, l’impondérable est devenu ce que l’on ne maitrise pas, la part de hasard ?  »

« …Enfin assis au sommet, l’acteur-spectateur aura passé de la fournaise à la glace, de la nuit à la lumière, des ténèbres à l’évidence, parcouru tout l’orbe des saisons, traversé  des énergies contraires qui viennent s’annuler ici, à l’endroit précis où toute pente s’efface, dans le creuset étroit où s’opère la fusion primordiale de la terre et de l’air, du feu et de la glace. Le vent violent chasse par rafales les gaz et les miasmes et les tentations suicidaires. On ne peut pas mourir partout. Ici se résout pour quelques instants la grande contradiction du monde. Maintenant il faut vivre pour redescendre. »

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la Voie cyclique, quelques bonnes feuilles

En prélude à la sortie prochaine de  » la Voie cyclique » aux éditions « le Pas d’oiseau », quelques bonnes feuilles :

 « un pèlerinage sans sanctuaire.
un compostelle minéral.
Pentecôtes de silex.
Exorcismes de caillou. « 

Il me fallait monter, me hisser, mesurer ces étendues de terre avec l’empan de mon corps d’homme, arpenter de gestes kilométriques ces étendues d’histoires. Voir si les hommes d’aujourd’hui ressemblent à leurs mythes.

J’avais lu quelque part que dans le taoïsme sont  trois voies pour atteindre l’illumination : la voie initiatique, la voie héroïque, la voie mystique. C’est en effet assez prudent de prévoir plusieurs chemins pour arriver au même endroit.  D’autant que pour atteindre l’illumination la dernière étape est assez longue, je crois, et sans ravitaillement. Toutefois, je ne me voyais pas avancer sur ces trois voies en même temps comme un convoi exceptionnel. Alors j’inventai la Voie cyclique. Par roulement évidemment. Elle synthétiserait les trois autres (sans apporter aucune réponse supplémentaire). Il y aurait quelque chose d’un romantisme musculaire, cette manière d’éprouver physiquement et spirituellement tous ces lieux sacrés pour en tirer une leçon d’énergie.

 » Métaphorique bicyclette  qui  permet de passer  à travers les horizons. Comme le couteau entre l’arbre et l’écorce, la flèche entre l’archer et la cible. Petit Véhicule. Vélo comme interface entre moi et le monde, entre la montagne vieille et l’embouteillage contemporain. Entre la carte et le territoire.  »

Autre compagnon idéal, mon journal de bord. Pline le Jeune dans une lettre à Tacite ne dit pas autre chose:
“ Je ruminais des pensées et je prenais des notes. Je me disais : je reviendrai peut être les mains vides mais je rentrerai la tête pleine. il ne faut pas mépriser ma façon de travailler.”
Pour moi, c’est un calepin corné sur lequel je note tout ce qui passe, pensée profonde ou brève de comptoir, croquis griffonné, recette de cuisine, vocabulaire, notes de lecture ou plan succinct pour se rendre à tel endroit ou encore numéros de téléphone échangés sur la route…Quel partenaire idéal ! Je lui confie mes pensées, il les garde. Je prends des notes, il les conserve. Je le ressors des années après, il me restitue l’ambiance de l’instant. C’est un monologue que je renoue ou que j’arrête à volonté. Avec la fraicheur et la maladresse de ces carnets de croquis pris sur le vif, traces de doigts, cambouis et gouttes de sueur en prime. Ecriture foraine sans clavier ni cahier.

 » Chargement, ennemi numéro un du nomade. Savoir élaguer, supprimer, faire des impasses, s’en remettre à l’essentiel et à la providence. Méditer ce conseil suisse anonyme : âvânt de pârtir, tu fais lâ liste de tout ce que tu dois empôrter. Et tu bârres, tu bârres, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le minimum indispensâble. Alors, tu mets toutes ces âffaires sur le sol de la sâlle de séjour. Et tu n’en prends que la moitié. Il ne faudrait que de l’impondérable, étymologiquement ce qui ne pèse pas. Comment se fait-il que pour nous autres, occidentaux, l’impondérable est devenu ce que l’on ne maitrise pas, la part de hasard ?  »

« … Enfin assis au sommet, l’acteur-spectateur aura passé de la fournaise à la glace, de la nuit à la lumière, des ténèbres à l’évidence, parcouru tout l’orbe des saisons, traversé  des énergies contraires qui viennent s’annuler ici, à l’endroit précis où toute pente s’efface, dans le creuset étroit où s’opère la fusion primordiale de la terre et de l’air, du feu et de la glace. Le vent violent chasse par rafales les gaz et les miasmes et les tentations suicidaires. On ne peut pas mourir partout. Ici se résout pour quelques instants la grande contradiction du monde. Maintenant il faut vivre pour redescendre. »

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Une France rayonnante, par Denis Sieffert

Une analyse intéressante du coté idéologique de l’atome  » à la française » par Denis Sieffert( Politis  du 17 mars 2011 )

« (…) La France occupe aussi dans l’histoire du nucléaire une place particulière. Nulle part autant que chez nous les sources d’énergie n’ont à ce point été concentrées. L’atome produit aujourd’hui 80 % de notre électricité contre 35 % au Japon. Ce qui rend le débat passionnel, pour ainsi dire impossible.En France, le nucléaire ne s’est pas imposé comme une nécessité, mais comme une idéologie. Et, disons-le, comme un soubresaut de notre empire. Le nucléaire est devenu d’emblée, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, comme un motif de fierté en compensation de notre empire en voie de démantèlement. Comme l’avait fort bien démontré l’historienne américiane Gabrielle Hecht (1) dans un ouvrage remarquable, le nucléaire est rapidement devenu, dans l’esprit des dirirgeants français de l’après-guerre, de Gaulle le premier, »un empire déterritorialisé » en remplacement du fameux empire  » de Dunkerque à Tamanrasset », cher au Général. Un empire technlogique qui assurerait « le rayonnement » de la France partout dans le monde.
Le nucléaire a été pensé par nos politiques comme un nouvel instrument de domination coloniale. Quelque chose qui mêlerait au plus niveau d’ambition des objectifs scientifiques, économiques et stratégiques; le projet nucléaire s’est immédiatement confondu avec l’identité de la France. On sait combien ces sujets sont délicats. Le corollaire de cet acte de naissance est on ne peut plus lourd, c’est l’absence totale de démocratie au moment des principales prises de décisions qui, pourtant, allaient engager notre société pour des décennies.(…) Il a fallu l’émergence de l’écologie politique, et le début d’une critique radicale des notions de progrès et de productivisme pour que le nucléaire devienne au moins objet de débat. Un débat balbutié dans la société civile, mais toujours interdit dans la classe politique. Malgré les risques que l’accident de Fukushima met en évidence, malgré les multiples inconnues qui entourent la question du traitement des déchets radiocatifs, l’heure est au toujours plus.
Toujours plus puissant et concentrant toujours plus de risques, comme cet EPR , la centrale de » troisième génération », déjà en construction à Flamanville, et en vente partout dans le monde où passe le VRP Sarkozy. Sans parler d’ITER, prévu pour 2020, en dépit de l’accumulation de déchets et de maniement à haut risque du tritium. Comme si l’industrie la plus dangereuse que l’homme ait jamais conçue était une fois pour toutes exemptée du principe de précaution.
(…)
A l’heure où l’angoisse grandit à Tokyo, nous en sommes à nous interroger sur la maturité de notre démocratie qui a besoin d’une catastrophe pour ouvrir un débat qui engage  à tous points de vue, scientifique, politique, économique, culturel, l’avenir de la société française et de ces pays lointains et incertains auxquels nous vendons notre marchandise.  »

(1) le rayonnement de la France, La Découverte, 2004.

« on s’est bien amusés », de Fred Vargas

‘On s’est bien amusé », par Fred Vargas
 » Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé

Quand je dis nous, entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est -attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie -une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore. »

dessine-moi un pilote

Le mouton – aviateur que nous avons réalisé avec Marie pour la deernière étape de « la route de la laine » a pris place pour quelques semaines au musée du Textile de Labastide-Rouairoux (photo ). Dessine-moi un aviateur… C’est l’occasion d’aller voir « Tinctoria », une exposition très éclectique sur le thème de la couleur, bien sûr, mais aussi du tissu et de la création textile avec notamment des installations de Claude Cornu. A voir jusqu’au 30 avril !

dessine-moi-un-mouton

Médiapart parle de nous

Article paru sur le site de « Médiapart » le 22 octobre 2010

De la vallée du Panshir à la vallée du Thoré

A Labastide-Rouairoux, dans le Tarn, pour la troisième année, se tenait les 15, 16 et 17 octobre 2010, un festival du film documentaire parrainé par le photographe Reza, en hommage au réalisateur documentariste Christophe de Ponfilly (1951–2006). Plongée dans cette France profonde qui ne s’arrête pas à la surface de la vie.
Grâce à Alain Mingam, avec qui j’ai renoué des liens confraternels lors du vernissage de la superbe exposition de James Nachtwey à Lyon, j’ai vérifié une fois de plus, la fameuse phrase de Nicolas Bouvier : « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » *

« La frontière dans tous ses états » tel était le thème du festival « Echos d’ici, Echos d’ailleurs ». La frontière, celle qui sépare le Sud du Nord, l’intérieur de l’extérieur, l’enfance de l’adolescence, le rêve de la réalité… Marie Bernar et toute l’équipe de l’association qui organisent cette manifestation n’ont pas, eux, de barrières dans leurs têtes. Le festival est principalement axé sur les films documentaires, mais la photographie, les arts graphiques, les arts vivants sont de la fête.(…)
A la gare de Béziers, Philippe nous attend à la descente du premier et unique TGV non-gréviste de la journée en provenance du Nord. Le garage Renault de Labastide-Rouairoux sponsorise le festival en prêtant une voiture pour accueillir les invités (réalisateurs, journalistes). Passé la plaine viticole de Saint-Chinian, on attaque les lacets du défilé de l’Houvie, le col de Rodamouis pour plonger sur Saint-Pons-de-Thomières. On franchit la frontière entre Hérault et Tarn – entre deux régions également – et l’on  remonte sur le col de la Fenille « qui marque la limite des eaux, d’un côté ça coule vers la Méditerranée, de l’autre vers l’Océan » précise Philippe, notre chauffeur. Nous voilà enfin, comme dit en occitan Françoise Fabre – madame le maire – « dans le pot de chambre du bon dieu » !
3208 habitants en 1968, environ 1500 aujourd’hui : « Sur un demi siècle on a convaincu les gens de quitter l’agriculture pour l’industrie du fil, puis les usines de la vallée ont fermé les unes derrière les autres au profit des chinois. Doublement cocu ! » commente un bastidien. Au moment du vote du budget primitif de la commune, en avril dernier, le conseil municipal constate qu’il a  perdu 400 000 euros de taxes professionnelles… Dans le village de nombreuses maisons sont à vendre, la population est âgée, c’est la crise ici, comme ailleurs.

Malgré les attraits touristiques de la Montagne noire, du « Parc régional du Haut-Languedoc et Pays cathare », malgré l’arrivée d’une population non négligeable de « néo ruraux » venus d’ailleurs, malgré une manifestation à la gloire du fil et un musée du tissu, la commune de Labastide-Rouairoux peine à revivre son confort d’antan. « On a la qualité de vie, mais il faut se battre chaque année pour qu’on ne nous ferme pas une classe de collège, une classe de maternelle… » confie un élu. En tout cas, les bastidiens ne baissent pas les bras, la preuve ce festival du film documentaire.

« Ça a commencé il y a trois ans. Un homme avec un camion et un cinéma s’est installé sur la place du village et quand la nuit est tombée presque tout le monde est venu pour le film. C’est ce soir-là que j’ai vu sur le drap qu’il y avait des gens qui ne vivaient pas comme des croûtes jaunes  » écrit Gérard Bastide dans un recueil de nouvelles publiées chez un éditeur local **. L’histoire narrée dans cette nouvelle « L’autre frontière » est un peu celle du festival dont le sous-titre est « Sur les pas de Christophe de Ponfilly »(…)

Pour lire la suite, rendez-vous sur le site de Mediapart

Michel Puech

déplacer des montagnes

De toute façon la pierre est plus forte que toi. Plus vieille,  plus lourde, plus inerte. Si tu entreprends de la déplacer, mieux vaut compter sur ton intelligence plutôt que sur ta force brute. Intelligence, c’est les savoir-faire, les techniques, l’expérience. Je ne parle pas ici des engins mécaniques, bulldozer, tractopelle, etc… Je te parle d’un face-à-face direct, d’homme à pierre,  avec la matière. On n’a guère inventé depuis les pyramides ou les cathédrales : leviers, point d’appui, barre à mine, rouleaux, cales et coins. En évitant de se coincer un doigt ou de se ruiner le dos. Et finalement, ça avance ! ( le record, un bloc de granite d’environ 970 kg ) S’ensuit le bonheur de voir la pierre à sa juste place, le mur monté pour mille ans au moins, la mousse qui colonise l’édifice.

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L’EN-ALLEE DE JERUSALEM

(1° prix du concours de nouvelles de l’Encrier renversé-1998 )

A quel moment une idée se met à germer dans la tête des gens, comment elle s’y installe, on ne peut pas savoir. Pendant combien de temps sont-ils capables de porter en eux cette menue plante de l’idée qu’ils entretiennent régulièrement et à qui ils portent à boire comme à une petite personne? Si bien qu’au bout du compte l’idée a tellement grandi qu’elle dépasse parfois de beaucoup la taille de celui qui la portait. Alors elle devient indépendante et fraie son chemin toute seule parmi le monde et les autres idées.
Ainsi, nul n’aurait pu dire quand cette folie – il faut bien appeler les choses par leur nom – lui était venue en tête. Elle avait des imaginations faciles, elle était prompte à la rêverie comme souvent chez les jeunes personnes d’une complexion fragile et combien de fois la Mère Supérieure l’avait surprise à rêvasser au milieu de l’après- midi, les yeux fixés sur un objet imaginaire posé sur les tomettes de terre cuite, alors qu’il y a tant à faire ici, ne serait-ce que d’ aller arracher les herbes folles des bords des allées. Un peu herbe folle elle- même sans doute.
Cette nature rêveuse et prompte aux errances, cette âme qui semblait vaguer au premier vent, elle devait l’avoir héritée de sa famille, du moins le pensait-on, car sa venue au couvent avait été entourée d’un certain mystère. Et les anciennes, comme toujours, s’étaient complu à l’épaissir encore davantage par les fioritures de leurs récits. Leurs inventions naïves tachaient de combler les lacunes de l’histoire de la nouvelle venue. Mais par sa grâce innée, sa douceur, la carnation de sa jeune chair qui rosissait aussitôt que l’on s’adressait à elle, par sa gentillesse et son dévouement elle avait assez rapidement conquis, dès le temps de son noviciat, les coeurs de toute la communauté. Ses regards parfois perdus et son air vite troublé tranchaient aisément avec les moeurs rustiques et la piété chevillée au bon sens de ces robustes paysannes et ne faisaient qu’ajouter au charme de sa personne en lui conférant cette épaisseur supplémentaire de lumière que d’ autres appellent l’aura.

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A l’ouest de ma bicyclette

( Premier prix du concours de nouvelles de Brive-1999 )

Un jour, je partirai, ça c’est sûr. Quand j’ai décidé quelque chose qui compte fort pour ma vie, je le fais. Même si je suis bien jeune encore. Comme pour la fois de la balançoire. Ce jour-là, j’avais décidé que je sauterai. D’abord parce que les grands n’ont jamais osé sauter. Et ils m’avaient crié que j’étais un peureux. Et puis parce que j’en avais envie. Et les grands avaient tous parié contre moi. Alors j’ai fait le pari aussi parce c’était mon honneur à la vue de tout le monde. Et l’honneur, qu’on soit grand ou qu’on soit petit, il est de la même taille pour chacun de nous. Bon. Ils m’ont poussé de plus en plus fort sur la balançoire qui est faite avec deux arbres pliés et attachés ensemble, et les noeuds de liane sont très hauts, et la balançoire dépasse de plusieurs coudées la plus haute maison du village. C’est la plus haute balançoire des trois villages, de toute la vallée.
Quand j’étais trop haut et que je passais trop vite, ils ont arrêté de pousser et j’ai continué à me donner de l’élan avec les jambes en arrière. Avant, on avait tous décidé que de là-haut, je devais me lacher et avec l’élan, il fallait que j’arrive sur un tas de fagots qu’on avait mis très très loin, je me souviens plus, mais c’était vraiment plus loin que tout et je n’avais que huit ans et même les grands, aucun ne voulait faire ce que j’allais faire. C’était ça le pari.
Quand je me suis lâché, j’allais très vite et heureusement que j’étais léger, j’ai volé dans l’air très longtemps comme dans les rêves, il me semblait que ça ne s’arrêterait plus et j’ai fini par tomber sur les branchages. J’avais très mal au dos et les grands sont partis aussitôt parce que mon père est arrivé. Il m’a battu sur la figure et sur les jambes parce que j’avais mal au dos et les grands ne m’ont jamais rien donné pour le pari de mon saut. Mais j’étais très fier.

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Destins provisoires

(paru dans Brèves, n° 66 )

Un jour, il partira. Bientôt peut-être. Dès qu’il sentira la force assez montée en lui. Calendes ou récalendes, plein soleil ou lune vieille, il partira. Pour l’heure, il est encore trop tôt. Alors, les larmes aux yeux, Amiel avec son petit troupeau remonte à la glandée, derrière la colline où la lumière est si bonne et claire , vers le petit bois de chênes d’où au moins il ne verra plus sa maison. Ce n’est pas que celle-ci lui fasse horreur, mais Augier le désespère. On n’en a jamais qu’un, de père, et celui- ci est un furieux. Toujours de mauvaises paroles à la bouche, une face toujours de colère, toujours prêt à casser quelque chose ou à frapper quelqu’un de sa maisonnée – ou quelqu’un d’ailleurs, ce n’est pas pour le gêner, combien de fois il l’a déjà fait- , même quand tout est en bon train et que chacun est à sa tâche. Naguère il s’emportait pour tout. Maintenant c’est pour un rien qu’il fait l’impérieux et frappe avant même de commander. Pendant que les cochons fouillent leur pitance sous les chênes courts, Amiel prend un peu d’aise. Personne pour lui dire fais ci- fais ça, personne sur son dos du matin au soir pour le houspiller. Oublié le père à l’odeur de fauve, avec son oeil qui coule et ses jambes tortes qui crie comme un possédé, qui jure jusqu’à en perdre la voix et le souffle même, qui geint la nuit sur sa paillasse et s’énerve jusque dans ses rêves.
Pourtant on ne serait pas malheureux, il y a de quoi manger à Belbèze , les batiments sont bien bâtis par les anciens, on n’est pas souvent malades, il y aurait la bonne vie. Ici sont les racines. Mais voilà, le père est né affronteur et de mauvais vouloir. Alors, l‘Amiel Castela, dès qu’il a un moment, sans le dire à personne, il court retrouver l’homme aux douces paroles, celui qui se dit lui-même évêque des écureuils, il le dit comme ça. En passant par les travers, Amiel ira plus vite. Il coupe maintenant à travers la bruyère mauve dont les courtes tiges grattent comme des poils et les flèches courbes des ronces qui raclent ses jambes nues lui rappellent décidément la hargne paternelle.

(paru dans Brèves n° 66) – oct 2002

 

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